La CICA est une association à but non lucratif et à vocation mondiale. Elle rassemble des banques et d’autres institutions engagées dans le financement de l’agriculture et du monde rural. La CICA s'adresse aux dirigeants élus et aux directeurs généraux de ces institutions avec le but :

  • de leur apporter les connaissances et les avis les plus récents pour orienter leur politique de financement de l’agriculture ;
  • d'encourager l’échange et le dialogue entre eux ;
  • de leur permettre d’innover et d’améliorer les services financiers destinés à l’agriculture et au secteur rural.

La CICA veut aussi participer à la promotion des idées sur le financement de l’agriculture en direction de l’opinion, des gouvernements et des institutions spécialisées.

Un Congrès de la CICA riche de promesses

Du 22 au 24 octobre 2018 à Berne (Suisse):
Un Congrès de la CICA riche de promesses

C’est à Berne, capitale du canton éponyme et ville fédérale de la Suisse que se tiendra le prochain Congrès de la CICA à l’invitation de l’Office Fédéral de l’Agriculture (OFAG) et de la Banque RAIFFEISEN. Ces deux institutions, qui figuraient en 1950 parmi les membres fondateurs de la CICA réunis à Zurich, accueillent cette année pour la première fois la grande rencontre annuelle de notre association.

Le programme est particulièrement prometteur :

Une première journée consacrée à des visites de terrain qui permettront de découvrir différents aspects et de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et des entreprises suisses de services à l’agriculture.

La matinée du 23 octobre sera consacrée aux interventions officielles de MM. Schneider-Ammann, membre du Conseil fédéral en charge de l’économie, et Ammann, Conseiller d’Etat et directeur de l’économie publique du Canton de Berne, ainsi qu’à la présentation de l’agriculture et des politiques agricoles suisses par M. Lehmann, Directeur général de l’OFAG. L’agriculture du Canton de Berne sera présentée par M. Hofer.

L’après-midi du 23 octobre sera entièrement dédiée à la question de l’innovation en agriculture, avec un panel rassemblant des intervenants de très haut niveau et modéré par M. Kohli, sous-directeur de l’OFAG.

La matinée du 24 octobre sera d’abord consacrée à une présentation de la Banque RAIFFEISEN par M. Gantenbein, président de son Conseil d’administration, et à une présentation du système bancaire suisse par le Professeur Brunetti, de l’Université de Berne, ancien conseiller fédéral. Puis un panel réunissant MM. de Boissieu (Université Paris I Panthéon-Sorbonne), Brassac, Directeur général de Crédit Agricole SA, Durand, Directeur général de la Confédération nationale du Crédit Mutuel, ainsi que MM. Brunetti et Gantenbein, traitera des changements intervenus dans les systèmes et l’économie bancaire depuis la crise de 2008. Ce panel sera modéré par M. Brunel, Secrétaire général de Crédit Agricole SA.

L’après-midi du 24 octobre sera consacrée au développement de l’assurance agricole, avec une confrontation d’expériences de tous les continents. Cette réunion est organisée dans le cadre de la préparation du Congrès mondial de 2019, à New-Delhi, en Inde.

Enfin, l’Assemblée générale de la CICA se tiendra au cours de la même après-midi du 24 octobre.

par Joseph d'Auzay, Secrétaire général

Rencontres CICA
Les Rencontres CICA 2017
Les promesses de l'agriculture contractuelle

Jean-Christophe Debar, directeur de la fondation FARM

L’agriculture contractuelle est depuis longtemps, au Nord comme au Sud, l’objet de vifs débats. D’un côté, elle permet de sécuriser le revenu des agriculteurs en assurant un débouché pour leur production, à un prix fixé à l’avance, tout en garantissant à l’entreprise acheteuse un approvisionnement en quantité et qualité, à une date déterminée. D’un autre côté, le pouvoir de marché dont dispose l’entreprise face à un secteur agricole très atomisé risque de créer entre les deux parties une relation de domination, susceptible de se traduire par un déséquilibre des termes du contrat au détriment des producteurs, voire par leur soumission pure et simple aux « donneurs d’ordre » agro-industriels.

Pour dépasser ce dilemme et explorer les conditions de réussite mutuelle de l’agriculture contractuelle en Afrique, la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM) a constitué un groupe de travail avec trois entreprises françaises – la Compagnie Fruitière, Agrial, Avril -, deux PME africaines – Danaya Céréales (Mali) et Dafani (Burkina Faso) - et une ONG, le Gret. Ce groupe s’est réuni à plusieurs reprises pour partager les expériences des participants et recueillir les témoignages d’une dizaine de témoins issus des différents maillons des filières : transformateurs, organisations agricoles, institutions financières, etc. Le rapport présentant la synthèse de ses réflexions vient d’être publié[1].

Selon ce document, la contractualisation, encore relativement peu développée en Afrique, ne pourra l’être davantage que si une plus grande confiance s’instaure entre les agriculteurs et les entreprises. Cela peut être atteint, notamment, par la mise en place, par ces dernières, d’une diversité de services (assistance technique, fourniture d’intrants, financement, etc.) incitant les producteurs à respecter leurs engagements contractuels de livraison.

Les autres facteurs de réussite incluent une meilleure valorisation des productions et un partage plus équitable de la valeur, par différents moyens : certification des pratiques, mobilisation d’organisations de producteurs compétentes, élaboration de contrats suffisamment souples pour s’adapter à la volatilité des prix. Les technologies de l’information et de la communication portent, en elles-mêmes, une capacité de transformation majeure dans tous ces domaines, car elles permettent une plus grande transparence du marché et un partage des risques à tous les échelons des filières. Enfin, les gouvernements ont un rôle spécifique à jouer en créant un cadre réglementaire favorable.  

La contractualisation n’est pas une panacée du développement, mais elle peut constituer, si ces conditions sont réunies, un puissant moteur pour la construction de filières agroalimentaires performantes et inclusives, capables de contribuer au développement durable
[1] Rapport Contractualiser avec les agriculteurs en Afrique, juin 2018, disponible sur le site www.fondation-farm.org

La PAC contre les pays en développement?

Jean-Christophe Debar, directeur de la fondation FARM

La critique est connue : en soutenant leurs agriculteurs, les pays riches augmentent leur production ; ils accroissent leurs exportations et réduisent leurs importations de produits agricoles, au détriment des agriculteurs des pays pauvres, confrontés à une concurrence déloyale. La politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne, premier exportateur agricole mondial, est ainsi la cible de violentes attaques, au motif qu’elle aurait des effets nuisibles sur les pays en développement. Mais qu’en est-il en vérité ?  

Il est indéniable que la combinaison de prix garantis, de subventions à l’exportation et de fortes protections à l’importation mis en place par la PAC dans les années 1960 a permis à l’Europe de devenir un acteur majeur des marchés internationaux. La hausse de sa production a pesé sur les prix alimentaires mondiaux, au bénéfice des consommateurs des pays importateurs, mais au préjudice des agriculteurs des pays concurrents, ce qui a d’ailleurs contribué au lancement des négociations agricoles multilatérales en 1986.   

L’abaissement des prix garantis partiellement compensé par des aides directes, au début des années 1990, puis le découplage de ces aides (c’est-à-dire leur déconnexion du volume produit et de la nature des productions pratiquées) et leur baisse graduelle à partir du milieu des années 2000 ont changé la donne. Selon la plupart des économistes, les paiements directs découplés ont un impact minime sur la production agricole européenne : celle-ci diminuerait peu s’ils étaient supprimés (en revanche, le nombre d’agriculteurs chuterait). Bien entendu, cet impact varie selon les secteurs, d’autant plus que certaines productions continuent de recevoir des aides spécifiques.

Des changements spectaculaires sont également survenus en matière de politique commerciale agricole. Certes, les protections à l’importation communautaires restent élevées. Mais l’Union européenne a complètement ouvert son marché aux exportations des pays les moins avancés et conclu un grand nombre d’accords commerciaux bilatéraux, préférentiels ou réciproques. En outre, elle ne verse plus de subventions à l’exportation, qu’elle s’est d’ailleurs engagée à abolir à l’OMC.

Résultat de ces évolutions : en trente ans, selon l’OCDE, le soutien aux agriculteurs européens, incluant à la fois les prix garantis, les paiements directs et les protections aux frontières, a été divisé par deux, en pourcentage de la valeur de la production. Les revenus agricoles, en France notamment, subissent de plein fouet ce désengagement public. Pour les pays pauvres, le premier enjeu n’est plus la réduction des aides dans les pays à haut revenu, même si des problèmes demeurent, mais la montée en puissance des pays émergents et la construction de solides politiques agricoles.